Apprendre de l’hiver… maintenant qu’il est terminé, et avant que ça recommence!

Jean-François Lavigne

Architecte OAQ PA LEED

Les records de basse température des derniers mois ont donné lieu à de multiples problématiques dans les immeubles en copropriété : problèmes de condensation, d’infiltration, de fissuration,… Il semble que plus le climat se réchauffe, plus il fait froid ! En fait, c’est à l’échelle mondiale l’hiver le plus chaud à date, mais tous les pays et toutes les régions n’y ont pas goûté de la même façon. Au Québec, l’enveloppe des bâtiments a été soumise à rude épreuve, comme en fait foi le nombre important de nouveaux dossiers de sinistres ou de dommages matériels. Cet hiver, il y a eu peu de redoux mais quels chocs thermiques!

Les toitures, fabriquées pour la plupart de dérivés du pétrole constitués en membrane, ont subi des chocs thermiques importants, surtout à leur point de rencontre avec des éléments fixes tels que lanterneaux, évents, avaloirs, cheminées, parapets et appentis.

Figure 1 Lanterneau mal isolé et avaloir libéré des glaces

Les membranes se sont parfois fissurées autour de ces éléments, n’attendant que la fonte des neiges pour provoquer une infiltration d’eau à l’intérieur.
Dans un premier cas, la membrane s’est carrément arrachée du pourtour de la collerette de l’avaloir du toit sous l’action du gel, entraînant l’infiltration d’eau aussitôt que la fonte s’est amorcée. N’oublions pas que la neige, qui possède une valeur isolante, ne recouvre généralement pas l’avaloir parce que de l’air chaud s’échappe de celui-ci. Il y a donc une différence de température importante entre la membrane autour de l’avaloir et le reste de la membrane de toit. Le stress occasionné à la membrane par une épaisse couche de glace contribue également à affaiblir celle-ci aux points de rencontre avec des éléments fixes.

Dans un autre cas, plus bizarre encore, l’eau s’est infiltrée en février autour de lanterneaux existants sur un immeuble de plusieurs étages. En plein hiver, il serait tentant d’écarter l’infiltration comme cause probable des dommages, accusant plutôt la condensation. Un examen minutieux révèle cependant que des lanterneaux mal isolés au niveau de leurs murets, perdent de la chaleur, ce qui fait fondre la neige localement et l’eau peut s’accumuler, n’ayant pas de canal pour se rendre à l’avaloir complètement pris dans les glaces. Il est donc impératif de dégager les avaloirs pour éviter que l’eau monte… (Figure 1). Je ne m’étendrai pas non plus sur les dommages permanents causés aux membranes par les personnes qui déneigent et déglacent les toitures à la hache…

Les portes et fenêtres sont également soumises à rude épreuve par temps très froids. Les anciennes générations de portes et fenêtres sont vulnérables au givrage entre les vitres coulissantes (Figure 2).

Figure 2 Givrage entre panneaux de verre

La fonte ultérieure de ce givre peut entraîner des dommages collatéraux aux cadres et au placoplâtre entourant les ouvertures. Les façades orientées du nord-ouest au nord-est sont particulièrement défavorisées car elles ne reçoivent que peu ou pas de réchauffement solaire durant la journée. Il faut toujours ouvrir les habillages de fenêtre durant la journée, pour permettre l’assèchement des fenêtres givrées. Dans les pires cas, il faudra restaurer les coupefroids ou remplacer la fenêtre, une opération qu’il vaut mieux bien planifier.

Les parements extérieurs subissent d’importants chocs thermiques également. Des matériaux différents se dilatent et se contractent différemment. A la rencontre de deux types de parement se trouvent souvent des solins intramuraux et des produits de scellement sujets au vieillissement. L’entretien du scellement des ouvertures et des jonctions entre parements est vital pour maintenir l’étanchéité de l’enveloppe mais ce n’est pas la seule barrière d’étanchéité. Ce sont les solins intramuraux et le pareintempérie qui jouent ce rôle. Du scellant fissuré laisse passer l’eau derrière le parement et si les solins sont fissurés (ou inexistants!), une infiltration directe suivra inévitablement.

Dans un cas à l’étude par notre bureau, les structures de béton qui prolongent leurs balcons à l’extérieur se sont refroidies du côté intérieur au point de causer l’apparition de gouttelettes d’eau au plafond (Figure 3).

Figure 3 Condensation sous dalle de toiture

Des moisissures sont ensuite apparues, rendant l’intervention plus complexe. Les froids intenses et prolongés nécessitent la mise en place de stratégies d’isolation thermique durables.

Pour toutes ces raisons et bien d’autres, je ne saurais insister trop sur l’importance d’un diagnostique rigoureux lorsque des problématiques surviennent. Trop souvent, lorsque l’architecte arrive sur les lieux, les ouvriers ont enlevé des éléments essentiels à la compréhension de la problématique et à l’identification de la cause probable.

Sans un diagnostique rigoureux fait par un expert expérimenté, il sera souvent nécessaire d’engager des frais inutiles dans un processus d’essais et d’erreurs successifs.

Bon été !
© 2014 Zaraté+Lavigne Architectes Inc.